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Cloud : Thales attaque le géant VMware

Depuis son rachat pour 61 milliards de dollars par Broadcom, l’éditeur de logiciels américain impose une nouvelle politique de prix agressive qui suscite la colère de nombreux clients prêts à saisir la justice et les autorités de concurrence.

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TNS / TNS/ABACA

Le feu couvait depuis plusieurs mois dans le monde de la tech, c’est désormais l’embrasement. Racheté par Broadcom pour 61 milliards de dollars l’an dernier, l’éditeur VMware, fournisseur de solutions cloud indispensables à plus de 500 000 entreprises dans le monde, a décidé, fin décembre 2023, de sérieusement muscler sa politique tarifaire : alors que ses logiciels étaient traditionnellement vendus en une seule fois (sous la forme de licence perpétuelle), l’Américain veut maintenant les faire payer sous forme d’abonnement et en bouquet imposé (bundle). De quoi faire flamber les factures… et provoquer l’ire de nombreux utilisateurs. À commencer par un des plus gros en France : Thales.

La société tricolore exploite des centres de données pour son propre compte mais aussi pour un bataillon de clients (au travers de Thales Global Services, Thales Services Numériques et Thales Sixt GTS), dont le ministère des Armées ou l’Otan. Il a donc besoin des solutions de VMware.

Le groupe a alors très peu apprécié qu’à l’occasion d’une nouvelle commande de 5,8 millions d’euros (en licence perpétuelle) passée fin 2023, on lui impose les nouvelles offres tarifaires. En effet, il avait signé un contrat en 2022 avec VMware valide jusqu’en mars 2025 à des conditions différentes. Résultat ? Selon nos informations, le géant tricolore a saisi le tribunal de commerce de Paris en référé pour contraindre son fournisseur à appliquer son ancienne proposition commerciale... et vient d’obtenir gain de cause en juillet. Une autre décision, sur le fond de l’affaire cette fois, est attendue en fin d’année. Si VMware a fait appel, d’autres procédures de ce type seraient toujours en cours avec d’autres grandes entreprises françaises.

« VMware est en position dominante notamment dans les grandes organisations et les administrations publiques et il est très difficile de se passer de lui, indique Henri D’Agrain, directeur général du Cigref, une association de directeurs informatiques issus d’entreprises et d’administrations. Jusqu’à présent les relations étaient bonnes mais depuis le rachat par Broadcom, les prix ont été multipliés par trois ou quatre et nous estimons qu’il s’agit d’un abus de position dominante. »

Peu connu du grand public, VMware est devenu indispensable au fonctionnement des centres de données où sont installés les serveurs. La force de ses logiciels ? Permettre une continuité de service en cas de panne d’un serveur, grâce à la virtualisation. Pour racheter cette pépite, Broadcom - 35,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2023 pour un bénéfice net de 14 milliards de dollars - a accepté de payer le prix fort. Selon le Cigref, la multinationale veut maintenant rembourser son acquisition en trois ans, quitte à licencier près de 2000 salariés, comme annoncé fin 2023, et à relever ses tarifs de façon agressive. « Lors de ce rachat, nous avions alerté les pouvoirs publics et les autorités de concurrence des risques pour le marché, ajoute Henri d’Agrain. Mais on nous a répondu que nous faisions un procès d’intention et l’opération s’est faite. »

Le Cigref, mais aussi l’association belge d’utilisateurs d’entreprises Beltug et ses homologues hollandais CIO Nederland et allemand, VOICE, ont demandé à l’antitrust Européen de se pencher sur ce dossier. De son côté, l’association des sociétés de cloud, le Cise, qui compte parmi ses membres Amazon Web Services (AWS), les français Outscale, Ikoula ou encore Clever Cloud, demande que VMware soit inclus dans la liste des gatekeeper (contrôleur d’accès). Cette liste fait peser de nouvelles obligations aux acteurs de la tech dominants sur le marché européen.

Contacté, Marc Dollois, le directeur général de Broadcom en France, n’a pas répondu à nos questions tandis que Thales n’a pas souhaité faire de commentaire.