L'abonnement à l'Informé est à usage individuel
Un autre appareil utilise actuellement votre compte
Continuer la lectureLa plus grosse centrale à biomasse de France perd son autorisation
Le Conseil d’État a annulé l’autorisation de la centrale appartenant à Daniel Kretinsky. En cause : le manque d’étude d’impact sur les conséquences pour la forêt locale.
Peut-on encore brûler 850 000 tonnes de biomasse par an pour faire de l’électricité, sans prendre en compte l’impact sur la forêt ? Le Conseil d’État a tranché. Et c’est non. Saisi par les ONG France Nature Environnement (FNE), Greenpeace et diverses organisations locales, il vient d’annuler l’autori...
Concrètement, les sages ont estimé qu’une erreur de droit avait été commise par la cour administrative d’appel de Marseille. Le cœur du problème réside dans l’autorisation accordée il y a 10 ans de transformer cette ancienne centrale à charbon en centrale à biomasse. La préfecture n’aurait pas dû donner son blanc-seing en l’absence d’étude d’impact sur l’alimentation en biomasse (bois, résidus agricoles) de cette énorme centrale thermique, censée s’approvisionner pour moitié sur un rayon de 200 km, et pour moitié en importations via le port de Fos-sur-Mer.
« L’affaire n’est pas terminée, ça ne remet pas en cause l’exploitation, assure Camille Jaffrelo, directrice de cabinet du président de GazelEnergie, Jean-Michel Mazalerat. On a investi 20 millions d’euros sur la tranche en question et on a prouvé que la centrale pouvait fonctionner. » Pour poursuivre son activité, le site devra désormais obtenir une nouvelle autorisation. Dans un premier temps, il pourrait demander une habilitation provisoire, avant d’établir l’étude d’impact que le Conseil d’État lui demande sur les conséquences de l’approvisionnement en bois local.
« Toutes les zones qui exploitaient du charbon en Europe ont besoin d’une période de transition, insiste-t-on chez GazelEnergie, propriétaire de Gardanne depuis 2019. On ne peut pas passer du charbon à l’hydrogène en seulement 2 ans ! » Face au rapporteur public du Conseil d’État qui évoquait l’impact climatique de l’activité, GazelEnergie répond impact social. Le site emploie 80 personnes et la direction prévoit de réintégrer d’anciens salariés de la centrale à charbon cette année. Il fournit aussi de l’emploi à une centaine de dockers.
Mais la question du modèle économique reste en suspens. En pratique, « la centrale ne fonctionne pas tellement », reconnaît Camille Jaffrelo. Elle est d’ailleurs actuellement à l’arrêt, à cause d’une grève des dockers, chargés de décharger la biomasse au port de Fos : la centrale ne stocke que 14 jours de bois sur son site, et dépend ensuite du travail de ces opérateurs. Pour l’heure, cette centrale décriée par les riverains - ils se plaignent de la centaine de camions qui l’approvisionnent chaque jour - est un gouffre financier pour GazelEnergie. « On a perdu plusieurs dizaines de millions d’euros pour 2022 » reconnaît la société. Depuis début 2023, le site a produit 116 097 MWH pour 893 heures. En 2022, il avait fonctionné plusieurs semaines d’affilée pour la première fois mais n’avait tourné que 3 027 heures sur 6 000 heures prévues dans le contrat initial avec RTE.
Notons que GazelEnergie n’a toutefois pas écopé de pénalités de la part de la Commission de Régulation de l’Énergie, ayant déclaré une situation de force majeure sur tous ses exercices depuis 2019. La centrale bénéficie aussi de dérogations concernant son rendement énergétique, étonnamment faible. Soit 30 à 35 % contre une norme demandée par la CRE de 60 %, ce qui s’explique par l’absence de système de récupération de la chaleur. La centrale étudie à l’heure actuelle une liaison au réseau de chaleur d’Aix, à 10 kilomètres.
Une décision qui pourra être exploitée par les ONG
Remettre en cause l’autorisation de la plus grosse centrale à biomasse française n’est pas anodin. Toutefois, “l'arrêt du Conseil d’Etat cible l’impact environnemental sur la biomasse locale et ne fait pas référence au droit européen, souligne Rémi Bonnefont, avocat de Greenpeace chez Hannotin avocats. C’est difficile de savoir si la décision fera jurisprudence.” Selon le spécialiste, il sera néanmoins possible d’utiliser cette interprétation des sages pour appuyer le recours déposé contre la raffinerie de TotalEnergies à la Mède, en Provence. L’importation massive d’huile de palme y pose la question de l’exploitation des forêts asiatiques.